Côte de Nacre magazine. - page 11

UNE RÉSISTANCE SE MET EN PLACE !
Face à ces phénomènes qui nous annoncent une mort program-
mée des abeilles quelques irréductibles gaulois se battent pour
inverser la tendance. Les expériences individuelles se multi-
plient. Dans le cadre de la Semaine du Développement Durable,
deux apiculteurs amateurs salariés d’Orange à Caen ont convié
leurs collègues à la collecte de miel provenant des ruches
installées sur le toit du site de Venoix. Autre exemple, celui de
Gaëtan Berthaud Hôtelier-Restaurateur à Courseulles depuis 25
ans (La Pecherie) qui a repris l’affaire par pur atavisme. Mais
quelle mouche l’a piqué, lui qui se dit proche de la nature sans
être pour autant écolo ! Il s’en explique « 
depuis quelques an-
nées, le sujet me taraudait. J’ai ressenti une forte attirance pour
les abeilles sans pouvoir réellement dire pourquoi. Et comme
je suis novice il a fallu apprendre
 ». C’est pourquoi Gaëtan a
suivi une formation au mois de septembre dernier. Il précise
«
 en parallèle, je me suis beaucoup documenté en lisant de
nombreux ouvrages sur les différentes techniques, en rencon-
trant  des personnes passionnantes et passionnées de milieux
très différents mais aussi des horticulteurs, des retraités et des
apiculteurs qu’ils soient professionnels ou pas, que de belles
rencontres à cette période de l’année ou l’activité touristique le
permet davantage 
».
Le temps aussi pour lui d’aménager un coin au fond du jardin
avec  essences d’arbres et fleurs différentes, sans oublier une
petite mare pour abreuver les futures pensionnaires et un
endroit pour accueillir les ruches. Cette période hivernale a
encore permis de cirer les cadres pour faciliter le travail des
abeilles. Janvier a été consacré à l’entretien des ruches. Il a
fallu les bruler au chalumeau, les nettoyer et les frotter pour
que les abeilles se retrouvent dans des conditions optimales.
Et là on reconnait l’hôtelier. En mai les cinq ruches étaient fin
prêtes , toutes de couleur différente et numérotées à l’image des
chambres de l’hotel.
PREMIERS POTS EN AOÛT.
Alors l’aventure a réellement pu commencer et l’apprentis-
sage se poursuivre. Ce petit coin aménagé, Gaëtan le considère
comme une terre d’accueil car les abeilles font des centaines
de mètres pour aller chercher pollen et nectar dans les parcs
municipaux, les jardins potagers, les haies, les tilleuls… Il se
souvient du moment ou il est allé chercher son premier
essaim ; «
j’étais comme un gamin au pied du sapin de noël
 ». Il
a surtout découvert « 
ce monde magique des abeilles qui pos-
sèdent une vie sociale très organisée, très structurée, intense
».
Il y a la reine, bien sur, mais aussi le faux bourdon qui, a part
féconder ne sert pas à grand-chose (parfois il est là pour piller
la ruche), et encore les éclaireuses, les butineuses, les cireuses,
les gardiennes, les nettoyeuses (car il faut savoir qu’une abeille
vit en moyenne un mois et demi et pas question de laisser
l’endroit souillé) sans parler des ventileuses qui maintiennent
la ruche à une température constante toute l’année (entre 34 et
36°). Merveilleuse organisation que bien des entreprises pour-
raient envier.
Avec un peu de recul, Gaëtan porte un œil très pragmatique sur
cet engouement : « 
j’ai désormais un autre regard sur la nature
car les abeilles vivent comme nous, elles se nourrissent, quand il
fait chaud elles sortent, quand il fait froid elles hibernent, quand
il y a de l’orage elles sont comme folles et quand il y a trop de
monde dans la ruche et que le nouvelle et jeune reine arrive, elles
essaiment 
».
C’est désormais devenu un rituel, une habitude. Un petit coup
d’œil tous les jours en passant pour s’assurer du bon fonction-
nement de la colonie grâce a de petites fenêtres transparentes
installées à l’arrière de chaque ruche et tous les mois on vérifie
que la ruche est bien saine. En ce moment les cinq «
usines
 »
tournent à plein rendement avec 10 à 30.000 abeilles par ruche
et sans aucun problème social ou alors il est réglé sur le champ.
Unmagnifique lien entre travail et passion surtout quand on sait
que les premiers pots de miel vont arriver en août. L’aboutisse-
ment et les premiers fruits d’un long travail. La récompense !
En juin dernier, 233 scientifiques venus du monde entier se sont re-
trouvés à Ottawa au Canada en congrès. Leur rapport est sans ap-
pel : les tueurs d’abeilles sont les pesticides et les néonicotinoides
dont on se sert en agriculture pour éradiquer pucerons ou limaces
contaminant par la même occasion, pollen, semences, sols, d’autres
insectes et oiseaux. De son coté l’APIS, section spécialisée de l’INRA
basée en Charente-Maritime met aussi en avant l’appauvrissement
de la biodiversité floristique. Sans parler du stress et des agents pa-
thologiques classiques tels que le varroa. Le constat est sans appel.
Et pourtant il est prouvé qu’on ne peut vivre sans abeilles. Sans elles,
il faudra dire adieu à la plupart de nos fruits. Réagissons !
C
ôte
de
N
acre
M
agazine
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HÔTELIER-RESTAURATEUR…ET APICULTEUR À SES HEURES,
GAËTAN BERTHAUD VEILLE SUR SES PENSIONNAIRES
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