Côte de Nacre magazine. Edition 2017/2018 - page 21

« Quand j’étais toute jeune j’habitais à
proximité de l’actuel Office de Tourisme.
Nous jouions avec mes frères dans les
décombres et cette atmosphère avait
quelquechosedemystérieux».NicoleNitot
se souvient de cesmoments si particuliers.
Celle qui est diplômée en psychologie
mais aussi de l’Ecole du Louvre est une
passionnée de l’Histoire de l’Art et elle
peint toujours aujourd’hui par pur plaisir.
Avec Philippe, son mari, elle partage une
maison pleine de charme dans l’une de ces
venelles en hiver et déménage en front de mer l’été. Cette dame
très cultivée au visage doux et à la voix agréable s’est penchée
sur l’histoire de toutes ces rues qui recèlent secrets, trésors et
mystères. Elle a participé à la rédaction d’un bel ouvrage sur
Saint Aubin et a elle-même écrit un recueil très intéressant qui
nous conte l’origine et l’histoire de toutes ces venelles.
LA DUNE OCCUPAIT LE FRONT DE MER
Il faut savoir qu’avant 1851, la dune occupait tout le front de mer
jusqu’à l’actuelle rue Pasteur. A cette époque, Saint Aubin dépendait
de Langrune et c’est cette même année que les deux communes
se sont séparées. Il y avait là tout au plus quelques cabanes de
pécheurs, une voilerie et une corderie. La commune, si elle est
assez étendue sur la mer, l’est beaucoup moins lorsqu’on s’enfonce
dans les terres, jusqu’à l’actuelle déchetterie grand maximum.
En été, les pécheurs partaient parfois très loin pendant plusieurs
mois. En hiver, leur activité était essentiellement tournée vers la
construction. Ils se sont mis a acheter des parcelles, à construire
et à agrandir les maisons au fur et à mesure de leurs besoins,
lorsque la famille s’agrandissait ou simplement pour revendre.
Toutes étaient situées entre deux axes parallèles, la rue Pasteur
plus littorale et les rues Foch et Joffre davantage dans les terres.
Vers 1870, la mode des bains de mer s’est développée amenant de
nombreux estivants. Les pécheurs ont commencé à construire des
maisons de rapport qu’ils louaient pour se faire un complément
de revenu. Les arrières grands parents de Nicole Nitot possédaient
déjà une maison en 1880 et la tradition familiale s’est perpétuée.
Aujourd’hui elle est toujours surprise « l’étonnant contraste entre
les villas de la digue et les maisons de l’intérieur donne un charme
particulier à Saint Aubin. Il vous fait percevoir la différence
qui existait entre les Saint-Aubinais des quatre saisons et les
hirondelles en villégiature qui, arrivées en juin, repartaient dès
l’automne. Comme leurs maisons, ces deux mondes se côtoyaient
sans vraiment se rencontrer ».
Ces venelles sont nombreuses, différentes parfois à angle droit en
fonction des parcelles et des constructions, un vrai labyrinthe avec
beaucoup de charme et de discrétion. Certaines sont curieuses
comme la rue de la Paix qui passe sous des maisons que les enfants
trouvent mystérieuse. Allez savoir pourquoi ? Au niveau intérêt ce
sont toujours les mêmes noms qui reviennent : rue du Puits, rue
Madelaine, rue Romain. Certaines autorisent seulement le passage
de brouettes… qui transportaient le varech ou d’une seule personne
comme la venelle Canet de loin la plus étroite et peut-être la plus
courte. Elles sont souvent, contrairement à ce qu’on pourrait
imaginer, débordantes de verdure et de fleurs.
DES PERSONNALITÉS ET DES FILMS
Les rues portent souvent le nom de propriétaires mais avec
cette discrétion, Saint Aubin a souvent attiré des personnalités .
Une des premières fut Pasteur qui séjourna à la Villa Mathilde
pendant plusieurs saisons. Avec sa permission, la rue des Dunes
fut débaptisée pour prendre son nom. Emile Zola a résidé dans la
commune pendant plusieurs vacances de même qu’Hector Malot
qui évoque la disparition du Père Caillot dans son roman Cara.
Nicole Nitot a d’ailleurs fait la connaissance de sa petite fille.
Pierre Bellemare et son épouse ont longtemps séjourné à la villa
Le Grillon évoquant l’endroit dans ses histoires extraordinaires. De
nombreuses personnes du monde de la publicité et de la presse
viennent ici se ressourcer pour la discrétion du lieu. Dans les
années 2000 le Théâtre de Caen avait loué « La Jeanne d’Arc » pour
que ses acteurs puissent travailler en toute quiétude. Plusieurs
films ont même été tournés ici : « Je vais bien ne t’en fais pas,
« La guerre est déclarée » . Quant à Claude Lelouch et Diane Kurys
ils sont également tombés amoureux de la station et y ont tourné
certaines séquences de leurs films.
Pour avoir parcouru la plupart de ces venelles toutes différentes
les unes des autres, on comprend mieux l’engouement pour ces
ruelles si attachantes ou tout est imbriqué miraculeusement… avec
beaucoup de verdure et de calme nous l’avons dit. Laisons à Nicole
Nitot le soin de conclure sur la commune qu’elle aime avec passion :
« nous voyons qu’unvillage sanshistoire est très riche enhistoire, que
sa traditionnous concerne, que sa vie passée continue à travers notre
vie présente et que nous faisons aujourd’hui l’histoire de demain ».
Que le Nordet qui souffle parfois fort à Saint Aubin continue
d’apporter ce vent de bonheur.
SAINT AUBIN SUR MER
LE CHARME DISCRET DES VENELLES …
ELLES MÈNENT PRESQUE TOUTES A LA MER
Nicole Nitot
C
ôte
de
N
acre
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